Si vous avez près de chez vous un jardin du mail ou un parc, une allée portant ce même nom, il est probable que ce lieu ait été à une époque passée un endroit à la mode très fréquenté. Généralement, il s’agit d’une esplanade en longueur, bordée d’arbres et de massifs de fleurs : un lieu tranquille où les promeneurs déambulent, les joggueurs et cyclistes brûlent leurs calories, les propriétaires de chiens sortent leur animal, les joueurs de pétanque se querellent sur la question de pointer ou de tirer.
Plusieurs siècles en arrière ces lieux n’étaient pas si différents. Rafraichissez la carte postale, ajoutez des couleurs, faites abstraction des costumes et vous retrouverez une image presque contemporaine. Bien sûr les joueurs de pétanque et les joggueurs ne fréquentaient pas encore les lieux. Peut-être quelques cyclistes sur leur draisiène ou leur vélocipède traversaient les lieux fièrement… ou pas… bien aggripés à leur guidon, saluant les belles dames d’un geste vers leur haut de forme ou leur canotier. Les promeneurs parcouraient déjà l’endroit. Imaginez l’homme dans son complet droit avec à son bras une femme en robe longue et crénoline devisant comme aujourd’hui sur l’amour, les bons ou les mauvais côtés de la vie. Ils saluent une vieille dame assise sur son banc s’apprêtant à nourrir les pigeons. Quelques uns s’envolent vers un abris temporaire. Un chien errant déambule d’un arbre à un autre. Un chat se dore au soleil sur son muret tout en surveillant les allées et venues des badauds. Les sabots des chevaux et les roues ferrées des voitures résonnent sur les pavés. Les petits vendeurs de rue hèlent les passants…
Au milieu de tout ce beau monde, des gentilhommes s’affrontent maillet à la main. Quelques pièces ont été mises en jeu pour intéresser la partie. Les discussions tournent autour du travail, de la gente féminine, de la politique. Elles s’interrompent le temps qu’un des joueurs choque la boule de bois… l’objectif n’est pas atteint… les uns sourissent d’aise, les autres râlent contre la malchance, le malheureux maudit le terrain…
Rien ne change fondamentalement. Sauf le jeu.
Le jeu de mail (ou palemail ou palemard suivant les régions) consiste à pousser une boule de néflier ou de buis à l’aide d’un maillet. On appellerait cela le croquet aujourd’hui même si les règles modernes se révèlent quelque peu différentes ; elles ont évolué au fil des siècles suivant les pays. Il s’agit d’atteindre un objectif prédéfini en un minimum de coups, de franchir des passes formées d’arceaux de fer au sein d’un labyrinthe, d’envoyer la boule le plus loin possible, etc. Ce jeu se révéle souvent une source de conflit avec le voisinage qui voit d’un mauvais oeil les pratiquants empiéter sur leur terrain. Cette boule mal contrôlée peut provoquer de nombreux accidents et dégats.
Aujourd’hui, de nombreuses villes conservent encore dans leurs archives les autorisations accordées aux joueurs. Déjà par le passé, pour assurer l’ordre public, ce jeu semble-t’il anodin, se voyait fortement réglementé. Les règles de jeu et de bonne pratique devaient être placardées à la vue de tous. Des lieux spécifiques furent aménagés pour que cette pratique s’effectue dans les meilleures conditions. Les villes d’Angers, de Cholet et d’autres ont encore aujourd’hui un jardin du mail. Nancy, Rennes, Amiens ont leur mail. Peut-être la Porte Maillot à Paris tire-t’elle son nom d’un jeu de mail présent à proximité.
La prochaine fois que vous traverserez le mail de votre quartier, le bras enlaçant la taille de votre belle, vous dans votre trench-coat, elle en tailleur tiré à quatre épingle… ou votre homme en tea-shirt et jean, vous arborant un joli petit caraco sur une jupe dévoilant les genoux… ou vous simplement, en équilibre sur votre planche, les écouteurs de votre MP3 vissés aux oreilles… ou… enfin vous voyez quoi !… prenez alors le temps d’imaginer les lieux quelques siècles auparavent. Habillez les boulistes d’une redingote. Coiffez les promeneurs d’un canotier. Rallongez les robes. Agrémentez les décolletés de frou-frou. Point n’est besoin d’architectures impressionnantes, de ruines romantiques, d’une tablette et de réalité augmentée, ou que sais-je encore, pour se plonger dans les richesses du passé.
Pour plus d’informations : http://www.ancientgolf.dse.nl/pdfs/estang.pdf
Promenade au parc de la Tête-d’Or (Lyon 1896) : http://collections.bm-lyon.fr/PER0013762/PAGE4_View

15 février 2013
Va falloir que j enquete pour savoir où se pratiquait ce jeu sur Marseille pour aller y faire un tour et faire comme vous dites